09 mars 2018

Salut les valides !

Salut, spécimen chanceux-se. 


Ça, c'est moi. "Petite nuit ?" me demanderez-vous. Eh bien non, en fait, j'ai dormi plus de dix heures. Puis ensuite je me suis reposée sur le canapé pendant deux heures. J'étais juste là, à ne rien faire, à scroller mon mur facebook. 

Ce matin, je me suis réveillée avec tout un tas de symptômes ressemblant à une chute de tension. Sauf que comme d'habitude, rien dans mon corps ne signale quoique ce soit pouvant passer pour une chute de tension. 
Depuis ce matin, j'ai l'impression d'avoir couru un marathon ou de m'être fait tabasser hier. Alors que non, en fait, j'ai juste eu trois heures trente de cours, et un peu de socialisation. Je me suis couchée avant 22 heures.

Avant-hier, j'ai eu une heure quarante-cinq de cours. J'étais à deux doigts de m'évanouir. Mais en fait, je ne m'évanouis jamais. Tous les signaux pouvant me permettre de faire prendre conscience aux autres de la gravité de mon état s'évaporent avant d'arriver à la surface. Je souffre de ce qu'on appelle un handicap invisible.
Avant-hier encore, alarmée par l'état dans lequel j'étais pendant le cours, et après avoir travaillé avec des camarades de promo, je suis allée aux urgences psychiatriques, pour la première fois. Vous noterez que je ne me suis pas rendue immédiatement aux urgences psychiatriques, et que j'ai attendu d'avoir fini ce que j'avais prévu de faire. Vous penserez peut-être que si j'ai attendu, c'est parce que mon état n'était pas si grave que cela. Figurez-vous que je vais mal depuis longtemps. En fait, depuis aussi longtemps que je me souvienne. Mon mal a beaucoup fluctué, pris différentes formes, pour aujourd'hui atteindre un genre d'épuisement total, et de symptômes physiques que vous ne pouvez imaginer avoir même lors de vos maladies passagères. Alors du coup, je me suis habituée à aller mal. C'est très difficile de dresser une frontière entre le mal acceptable, et le mal dont il faut vraiment commencer à s'occuper. Mais même pour moi, cela fait une ou deux semaines que ce mal a redoublé, et que je ne peux plus passer outre. Il s'avère que je suis en train de me sevrer d'un traitement, l'abilify. Le sevrage plus la maladie en elle-même, c'est beaucoup à gérer.

Je me sèvre. Pourquoi ? Alors que je suis bipolaire, pourquoi ne pas continuer à prendre ce traitement ? 
La réponse est plutôt simple. Les préjudices causés par l'abilify sont plus insupportables que la maladie elle-même. Je préfère ne rien comprendre à mon humeur, plutôt que d'être zombifiée. Plutôt que de ne plus me reconnaître. Plutôt que d'être léthargique. Plutôt que de n'avoir plus aucune conversation, alors que je me nourris de conversations profondes et sensées.

La maladie, c'est un travail à temps plein. Dans mon cas, c'est la lutte constante contre mon propre cerveau. C'est aussi le fait, quand on voit des gens, de faire bonne figure. De faire aussi bonne figure à soi-même, pour ne pas passer son temps dans son lit, à s'écrouler de fatigue ou de douleur. Parce que si je m'écoutais et si j'étais raisonnable par rapport à mes capacités, c'est bien simple, en fait, je ne ferais quasiment rien. Une vie au rythme d'une activité par jour.
Je serais bien incapable de décrire ce qui se passe dans ma tête. Imaginez juste une pièce en désordre. Et sale. Avec des toiles d'araignées à tous les coins, de la poussière, mais en fait vous ne pourriez pas voir la poussière, parce qu'il y a trop de choses par terre, si bien qu'on ne peut pas poser un pied au sol. Les fenêtres, s'il y en a, sont tellement sales qu'on ne voit plus au travers. Et par-ci par-là des éclaircies, correspondant à des projets, des idées, des créations. Vous pouvez aussi essayer de vous représenter ma tête comme un navigateur avec cent onglets ouverts. Par contre, la règle du jeu, c'est que vous avez tous les onglets ouverts en même temps; vous ne les consultez pas les uns après les autres. Vous avez toutes les informations en même temps. Et puis au bout d'un moment, le cerveau n'arrive plus à gérer toutes les informations, et il se coupe. Vous voilà arrivés à l'étape de l'anesthésie. C'est vide, il n'y a plus rien. Erreur système.

La vie quotidienne est compliquée. Il ne s'agit pas juste de prendre une douche parce qu'il est temps de prendre une douche, de se nourrir parce qu'il est temps de se nourrir. De mener à bien un projet ou une idée. De gérer des émotions, type contrariété. De prendre un doliprane parce qu'on a mal à la tête. Tout demande plusieurs étapes. Il faut y réfléchir à deux fois avant de faire l'action. Si tu ne la connais pas, je t'invite à aller te renseigner sur la théorie des cuillères. 

Sache que si je me plains, c'est que j'ai atteint un stade avancé. J'ai mal tout le temps, je souffre tout le temps, c'est l'enfer souvent. Si je devais m'exprimer dès que je souffre, je ne parlerais que de ça. Je ne veux pas dire tous les deux trois jours comme je le fais actuellement. Je veux dire à chaque minute où j'ouvrirais la bouche.

Maintenant que j'ai fini cet article, j'ai des bouffées de chaleur, parce que c'était trop fatigant. 

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