17 janvier 2017

Le trouble bipolaire, autrement appelé TBP


Je vous propose ici la synthèse d'un livre très complet sur le TBP, qui m'est d'une grande aide pour mieux comprendre ma maladie. Si vous en souffrez ou pensez en souffrir, je vous conseille grandement de l'acheter.
Certains termes peuvent vous sembler compliqués, mais je les explicite au fur et à mesure (par exemple la dépression, l'hypomanie...). Vous devriez avoir tout compris à la fin de votre lecture :)

1) Ce qu'est le TBP - Informations diverses
- Le TBP de type 1 est défini par un ou plusieurs épisodes maniaques accompagnés d'épisodes dépressifs. Le TBP de type 2, le plus fréquent, est défini par un ou plusieurs épisodes dépressifs majeurs accompagnés d'au moins un épisode hypomaniaque.
- Ainsi, le TBP est constitué d'épisodes thymiques (autrement dit, d'épisodes dépressifs ou hypomaniaques), d'une durée d'au moins plusieurs jours, de plusieurs semaines la plupart du temps voire de plusieurs mois sans traitement. En moyenne on assiste à 3 / 4 épisodes tous les 10 ans.
Le TBP est une instabilité de l'humeur et des émotions dont le mécanisme premier est neurobiologique (dysfonctionnement des zones du cerveau spécialisées dans la régulation de l'humeur : hyperréactivité de certaines zones, défaillance des systèmes de contrôle des émotions). Cette instabilité neurobiologique est responsable d'un traitement anormal des informations émotionnelles et d'humeurs inadaptées survenant soit sans raison, soit sous l'effet de stimulus modérés de la vie quotidienne (émotions, stress), normalement sans effet chez la plupart des personnes. Ainsi, il y a une fréquence élevée de certains troubles psychiques associés au TBP (trouble anxieux, problématique addictive, risque suicidaire, troubles du sommeil). Ces divers troubles psychiques (appelés comorbidités du TBP) auraient un mécanisme neurobiologique voisin de celui du TBP.
- A partir d'un épisode thymique se succèdent trois périodes : l'épisode lui-même, une période de convalescence d'une durée de plusieurs mois, au cours de laquelle persiste un risque élevé de rechute du même type que l'épisode initial (la cicatrisation neuronale d'un épisode nécessite plusieurs mois), et une période de rémission, un intervalle sans trop de symptômes psychiatriques, qui dure plus ou moins longtemps. La rémission peut être totale, mais elle est le plus souvent partielle, et elle a des conséquences sur la vie quotidienne.
- Les variations de l'humeur sont pathologiques : d'une part, on assiste à une rupture nette et rapide (de quelques jours pour l'hypomanie, de plusieurs semaines pour la dépression) par rapport à l'humeur et au comportement habituels, évidente pour l'entourage. Ensuite la modification de l'humeur reste stable pendant plusieurs semaines pour l'hypomanie, et plusieurs mois pour la dépression. Cette rupture survient sans raison réelle. D'autre part, les changements d'humeur altèrent la vie quotidienne du patient, dans les domaines affectif, familial, social, professionnel et provoquent une souffrance morale.
- Le TBP est chronique : une fois qu'on vit un premier épisode, entre 15 et 25 ans, on risque d'en vivre un autre tout au long de sa vie.
- Le TBP s'aggrave au fil des années : si l'on n'a pas de traitement, les épisodes thymiques sont de plus en plus rapprochés, prolongés, graves. Les symptômes résiduels (qui persistent en période de rémission) sont de plus en plus nombreux et importants. Le retentissement familial et social est de plus en plus sévère.
- Plus un épisode thymique fait monter haut ou descendre bas, plus l'épisode qui suivra sera grave.
- Quand on souffre du TBP, on réagit de manière excessive au stress et aux événements banals de la vie quotidienne.
- Le TBP n'est pas majoritairement génétique : un-e enfant d'un parent bipolaire n'a que 15% de chances de devenir bipolaire à son tour.
- On peut mourir plus jeune quand on est bipolaire : 10% des patient-e-s se suicident, 15 fois plus que dans la population générale ; il y a aussi les conduites à risque, infarctus du myocarde et AVC eux-mêmes favorisés par l'obésité, le diabète, l'hypertension artérielle, le tabagisme, l'abus d'alcool.
- Un projet de grossesse demande une attention toute particulière. D'une part à cause de certains régulateurs d'humeur qui peuvent causer une malformation du fœtus, d'autre part à cause de la dépression post-partum, potentiellement très grave pour quelqu'un souffrant du TBP.

2) Diagnostic
Il faut compter en moyenne huit ans pour dépister un TBP. Pourquoi ? D'une part, au début de la maladie, les variations de l'humeur sont modérées, et attribuées par erreur à la personnalité ou à des événements de la vie quotidienne. D'autre part, les variations de l'humeur peuvent être attribuées par lea médecin à un trouble psychique autre que le TBP (d'autant que ces troubles peuvent accompagner le TBP avec une fréquence relativement élevée) : cyclothymie, trouble anxieux, personnalité "borderline", etc.
Il faut savoir que plus on met du temps à diagnostiquer le TBP, plus le pronostic est aggravé : à court terme, c'est s'exposer à un épisode majeur thymique, pouvant avoir des complications graves ; à moyen terme, c'est laisser s'aggraver le retentissement du TBP sur la vie quotidienne ; à long terme, c'est laisser le TBP s'aggraver de manière irréversible.
Enfin, un-e patient-e peut refuser le diagnostic, parce que ses variations d'humeur sont modérées et qu'iel ne se reconnaît pas dans les tableaux caractéristiques de la dépression et de la manie. Il faut bien savoir que les symptômes ne sont pas tous présents, au même moment et avec la même intensité chez un-e même patient-e. Lea patient-e peut aussi attribuer ses changements d'humeur à des événements extérieurs, pourtant sans commune mesure avec le changement de comportement.

3) Les épisodes dépressifs
Avant une dépression
On n'entre pas comme ça dans une dépression. Elle est précédée de signes d'alerte : le sommeil est modifié, on souffre d'une fatigue inhabituelle et d'une diminution de l'efficacité au travail, on a besoin de fournir plus d'efforts pour faire les choses, on est plus irritable et susceptible, on devient hypersensible aux difficultés banales de l'existence, on est en colère contre les autres car on se sent incapable d'être comme on voudrait, ou d'être comme les autres voudraient qu'on soit, on est constamment anxieux, on voit son humeur fluctuer de manière excessive, et son appétit change. Un changement d'humeur important et persistant dans le même sens plus de 48 heures est le meilleur signe d'alerte d'un nouvel épisode.
Pour une personne bipolaire, il y a des événements favorisant la dépression, qui peuvent être positifs comme négatifs d'ailleurs. Ce sont des événements habituellement anodins comme la fatigue d'un voyage d'agrément ou un anniversaire (qui réveille des souvenirs pénibles). Un simple voyage avec décalage horaire, à cause des perturbations du rythme de sommeil qu'il entraîne, peut contribuer à une rechute thymique.
Pour éviter de tomber dans un épisode majeur, certaines habitudes de vie peuvent être mises en place : prendre tous les jours son traitement, se lever tous les jours à la même heure, faire une activité physique chaque jour, écarter ou reporter les stress "inutiles", bénéficier d'un arrêt de travail en cas de stress professionnel excessif, arrêter l'alcool, les boissons caféinées, reprendre ses activités habituelles de loisir, solliciter des contacts sociaux auprès des personnes bienveillantes, prendre conseil auprès de son psychiatre.

Pendant une dépression
Si malgré tous ses efforts on tombe dans une dépression, que ressent-on ? Une dépression dans le cadre du TBP n'est pas différente d'une dépression unipolaire, hormis pour une forme qui se nomme la dépression mixte : on ressent tous les symptômes d'une dépression normale, avec en plus des symptômes de type maniaque qui contrastent (accélération de tout).
La dépression est caractérisée par cinq signes : tristesse importante et sans vraie raison, perte des plaisirs et des centres d'intérêt habituels, vision négative de soi-même, de l'avenir, des autres et du monde en général, ralentissement de la pensée et du corps, symptômes physiques : insomnie (réveil précoce pour la dépression, endormissement tardif pour l'anxiété, parfois un combo des deux, ce qui empire tout), perte de la libido, troubles alimentaires, perte ou prise de poids rapide.
Lea patient-e, en plus de sa grande souffrance morale, ne peut pas exprimer son incapacité à décider et à agir. Il est insensible aux stimulations diverses, aux incitations verbales et au discours moralisateur de l'entourage ("secoue-toi"). La famille doit comprendre que lea patient-e ne peut pas. Ce n'est pas une question de volonté.
En plus de tous ces symptômes, on assiste souvent à de l'anxiété, facteur de gravité de la dépression. L'anxiété augmente la souffrance morale de la dépression : les motifs d'inquiétude sont décuplés. L'anxiété aggrave les symptômes et augmente le risque de suicide.
Qu'est-ce que l'anxiété ? Ce n'est pas simplement du stress, ou le cœur qui s'accélère au moment du décollage d'un avion. Pour vous l'expliquer, je vais traduire un extrait de ce site : l'anxiété, c'est trop s'inquiéter pour des choses sur lesquelles nous n'avons aucun contrôle. C'est comme une rivière. Elle ne s'arrête jamais de couler. Parfois, elle monte en flèche et on finit par ressentir trop les choses, mais elle peut aussi dessécher. Alors, on ne ressent plus le besoin de s'inquiéter constamment, de bouger, ou de s'occuper. Une rivière ne reste jamais sèche trop longtemps : elle finit toujours par se remplir d'eau. Et puis, une rivière érode les murs qui l'entourent, tout comme l'anxiété nous bouffe.

Après une dépression
Après un épisode de dépression, lea patient-e se souvient peu des symptômes dépressifs. Ce qu'iel a le plus en mémoire, c'est une souffrance intense qu'iel ne veut pas revivre (anxiété aiguë, idées suicidaires, sentiment d'incapacité pouvant laisser des traces durables); peuvent s'y ajouter de la culpabilité et de la honte (d'avoir imposé un tel comportement à sa famille).

4) Les épisodes hypomaniaques et maniaques
Avant une hypomanie et une manie
Comme pour la dépression, il y a des signes avant-coureurs : diminution du sommeil, humeur excessive, très positive, soudaine et persistante, excitation, dépenses excessives, conduites à risque, projet professionnel extravagant... Comme pour la dépression, si un changement d'humeur dure plus de 48 heures dans le même sens, il faut se méfier.
Les événements déclencheurs ne sont pas tout à fait les mêmes que pour une dépression : prise irrégulière du stabilisateur de l'humeur, dérèglement des rythmes quotidiens, événement de vie, familial ou professionnel, prise de substance à effet excitant, traitement récent d'une dépression par un médicament antidépresseur, maladie aiguë
On peut également, dès le début de l'épisode, mettre en place des aménagements pour éviter de l'aggraver : régularité du sommeil, des horaires de travail, des horaires des repas, modération au cours des fêtes familiales. À l'inverse, il faut éviter les fêtes à l'extérieur, prolongées dans la nuit, avec consommation d'alcool, l'épuisement physique, les stress persistants, familiaux ou professionnels, l'abus d'alcool, l'activité physique régulière et le sport, les drogues.

Pendant une hypomanie ou une manie
- L'hypomanie est caractérisée par cinq signes : humeur excessive, exacerbation des activités de loisir, vision anormalement optimiste de soi-même, de la vie, des autres, hyperactivité physique et intellectuelle, retentissement physique général (perte du besoin de sommeil, de s'alimenter, absence de fatigue, hyperactivité sexuelle)
- Le ressenti qui domine est celui d'euphorie et de bien-être extrême. Lea patient-e a un sentiment de toute-puissance, de grande sûreté de soi et de ses actes, de grande satisfaction, de rapidité de fonctionnement de l'esprit, de créativité (souvent trompeuse, parfois réellement productive)
- Lea patient-e n'a pas (ou peu) conscience du caractère pathologique de son comportement. Iel a perdu contact avec la réalité, il n'a plus un contrôle suffisant de ses pensées et de ses actes ; iel a perdu son sens critique ; iel est peu ou pas accessible aux remarques de l'entourage et aux explications rationnelles du médecin. Tout cela explique des débordements en tous genres et des prises de risque souvent insensées (projets absurdes, dépenses inconsidérées, sexualité débridée, disputes répétées en famille et au travail...)
- Lors d'un état maniaque aigu, lea patient-e peut conduire sa voiture à grande vitesse, sous-estimer les pertes financières à des jeux d'argent, tricher pour obtenir des crédits bancaires au-dessus de ses moyens, s'investir et investir son argent dans des projets grandioses, imprudents ou absurdes, multiplier des rapports sexuels non protégés avec des inconnus, commettre des actes de délinquance. C'est de l'excitation, agitation et hyperactivité physiques pouvant conduire à un épuisement, un désir incessant de parler, une diminution du besoin de sommeil (dans les formes les plus graves, le patient peut rester 3 ou 4 jours sans dormir), une augmentation de l'estime de soi, une levée des inhibitions sociales, une augmentation de la libido, des symptômes psychotiques. C'est un état de grande agitation qui peut nécessiter une protection juridique et hospitalisation, d'autant plus que lea patient-e n'a pas du tout conscience de ce qu'iel fait.

Après une hypomanie ou une manie
Après un épisode maniaque ou hypomaniaque, certain-e-s patient-e-s peuvent évoquer avec une certaine nostalgie le bien-être et le sentiment de facilité qu'iels avaient à ce moment (le contraste leur est d'autant plus évident quand une période dépressive fait suite à l'épisode maniaque). Avec le temps et la succession des épisodes, les "expériences" personnelles du patient lui font redouter la réapparition des états maniaques. Les souvenirs d'un état chargé d'angoisse et du sentiment de "ne plus être soi-même" prennent alors le pas sur les souvenirs du plaisir de l'excitation et de la facilité. Lea patient-e finit par percevoir que le "prix à payer" pour retrouver l'état agréable maniaque est trop élevé, en raison des conséquences des épisodes (sur les plans financier, affectif, relationnel...), en raison aussi du risque de dépression sévère et prolongée si on ne se traite pas.

5) Les crises suicidaires
On peut détecter une crise suicidaire : antécédent personnel de tentative de suicide, antécédents de suicide dans la famille, troubles psychiques associés au TBP, retentissement sévère du TBP et contexte de vie dégradé au fil des années, isolement affectif et social, dépression "mixte", phases d'installation et de régression de la dépression, retour au domicile après une hospitalisation, survenue répétée d'idées suicidaires intrusives.
On peut agir face à une crise suicidaire : toute idée suicidaire qui se répète est inquiétante. C'est suffisant pour indiquer une crise suicidaire. À la moindre impression de gravité d'une crise suicidaire, ne pas tergiverser : se faire accompagner auprès de son psychiatre ou vers un service d'urgence ; appeler ou faire appeler le 15 à la moindre impression de passage à l'acte imminent
Après une tentative de suicide, lea patient-e garde le plus souvent une nouvelle "vulnérabilité" : iel a perdu le sentiment de solidité intérieure présent chez les "bien portant-e-s", lié à la confiance qu'on peut accorder à son corps. Lea patient-e est désarçonné-e à l'idée de s'être attaqué-e à ellui-même par son geste suicidaire ; iel garde une sorte de perte de confiance en soi et dans les réactions de son corps.

6) Les périodes de rémission
Ce n'est pas parce qu'on est en rémission que tout va bien. Il subsiste des symptômes résiduels, qui favorisent les récidives des épisodes, aggravent le retentissement du TBP sur la qualité de vie et sont associés à un risque accru de suicide. C'est par exemple une fluctuation importante de l'humeur, des symptômes dépressifs ou hypomaniaques, des troubles persistants du sommeil, de l'anxiété, des difficultés intellectuelles, des idées suicidaires fluctuantes... 
En période de rémission, on continue à avoir tendance à veiller le soir, à avoir un sommeil de mauvaise qualité, un réveil fatigué, à avoir tendance à traîner au lit le matin, et on a du mal à se mettre en route au réveil. Cette perturbation est liée à l'instabilité neurobiologique à la base du TBP.
En période de rémission, on souffre d'une anxiété persistante, ce qui peut bien sûr générer une souffrance psychique, retentir sur la qualité de vie, gêner notre fonctionnement, favoriser les récidives des épisodes thymiques.
En plus de ces troubles du sommeil et de cette anxiété persistante, on souffre de difficultés du fonctionnement intellectuel et d'idées suicidaires fluctuantes : "je n'arrive plus à lire comme avant. Je n'arrive plus à suivre une émission à la télé. J'oublie certaines choses. Je dois faire plus d'efforts pour organiser ma journée."

7) Le traitement
Les trois axes du traitement
Quand on a un terrain neurobiologique prédisposé (facteurs génétiques, structures psychologiques* de la personne), des facteurs psychologiques et environnementaux (appelés stresseurs) favorisent ou déclenchent les manifestations du TBP. Les trois mécanismes intriqués du TBP (neurobiologiques, psychologiques, environnementaux) sous-tendent les trois axes du traitement : médicaments stabilisateurs de l'humeur, psychothérapies, aménagements des habitudes de vie.
*La structure psychologique se construit en fonction des expériences de la vie, des éventuels "traumatismes" physiques et psychologiques, de la trace consciente ou inconsciente que les événements laissent dans la mémoire. L'hyperréactivité aux émotions et au stress et l'hypersensibilité "de cristal" des patient-e-s avec un TBP témoignent d'une structure psychologique particulière.

Les médicaments
Les antidépresseurs seuls ne fonctionnent pas pour une dépression dans le cadre d'un TBP. Soit ils n'ont aucun effet, soit ils font un virage brutal des symptômes dépressifs vers les symptômes maniaques. Les antidépresseurs doivent absolument être pris avec un stabilisateur d'humeur, et pas plus de six mois. Le traitement à base de stabilisateur d'humeur, qui agit en favorisant la stabilité du fonctionnement des neurones des zones défectueuses, permet d'obtenir la rémission complète de 50% des patients. Si ce n'est pas une rémission complète, ils permettent quand même d'obtenir une diminution de la fréquence de la durée et de la gravité des épisodes thymiques.

Les psychothérapies et les méthodes visant au bien-être
- Le traitement médicamenteux ne suffit pas. Au cours du TBP, on combine souvent des thérapies cognitivo-comportementale, familiale, d'inspiration psychanalytique, interpersonnelle et des programmes de psychoéducation. L'objectif des psychothérapies est d'apprendre à faire avec son TBP, à prendre une certaine distance.
- Les méthodes visant au bien-être peuvent être utilisées en complément, comme le yoga, la relaxation, le qi gong... Les méthodes comme la musicothérapie, l'art-thérapie ou la relaxation aident à rétablir l'estime de soi et le bien-être. 
- Le maintien d'un certain bien-être repose sur quelques points essentiels : rétablir une bonne image de soi, travailler en psychothérapie sur tel ou tel trait de personnalité, mieux gérer les émotions et les stress de la vie quotidienne, maintenir la qualité des relations intrafamiliales, maintenir au mieux ses activités sociales.

Les aménagements dans la vie quotidienne
À faire : organiser la régularité des rythmes de vie, des horaires de travail (éviter le surmenage, le travail nocturne, les horaires irréguliers), préserver la régularité et la qualité du sommeil, avoir une activité physique régulière, une alimentation équilibrée, utiliser les fiches d'autosurveillance de l'humeur, avoir un entourage bienveillant et averti, consulter une assistante sociale pour avoir un accompagnement social dès le début de la maladie.
À éviter : les couchers tardifs et les sorties nocturnes, les fêtes alcoolisées fréquentes, la consommation d'alcool, de café, de thé, de drogues...
- Par rapport aux stress : supprimer les facteurs de stress, apprendre à gérer le stress indu par la vie quotidienne, éviter le stress persistant, du type conflits familiaux ou professionnels. La prise en compte des stress de la vie quotidienne est un axe essentiel de la prévention des épisodes aigus du TBP, et pour ce faire il faut connaître son "profil" de facteurs de stress et être vigilant-e lors des événements de vie.

8) Qu'est-ce qui fait la différence entre des perturbations normales de la pensée et un trouble psychique ?
Un trouble psychique, c'est d'abord une perturbation de la pensée :
 - la pensée est accélérée lors d'un épisode (hypo)maniaque
 - la pensée est ralentie lors d'un épisode dépressif
 - la pensée est envahie lors de préoccupations et de soucis excessifs (anxiété), quand on a peur sans raison et de manière excessive (phobies de toutes sortes), quand on ressent des émotions inadaptées dans le TBP, par les idées suicidaires intrusives, quand on souffre de délires et d'hallucinations (au cours d'une schizophrénie)...
 - la pensée est déstructurée et incohérente par exemple au cours de la schizophrénie ou d'une démence dégénérative tardive telle que la maladie d'Alzheimer.
La "pensée" est ce que le cerveau produit à partir des idées, des croyances, des souvenirs, des émotions et des perceptions du moment. Il n'y a pas de trouble psychique sans perturbation persistante de la pensée.
Comment savoir si l'on a des perturbations normales de la pensée ou un trouble psychique ? Les troubles sont importants, persistants ou répétés ; ils provoquent une souffrance morale ; ils retentissent sur la qualité de vie, sur les capacités d'adaptation de la personne, sur le fonctionnement quotidien ; ils exposent à des risques graves. L'ensemble justifie une intervention médicale. Au cours du TBP, la perturbation de la pensée au moment des épisodes, dépressifs ou maniaques, est suffisamment importante et persistante pour provoquer une souffrance morale, altérer le fonctionnement quotidien, provoquer des comportements inadaptés.

9) Mon quotidien
Mon quotidien n'est probablement pas le même que celui d'autres personnes bipolaires. Nous sommes toustes différent-e-s. J'aimerais que vous gardiez cela en tête en lisant cette partie.

Il n'y a pas réellement de quotidien pour moi. Qui dit quotidien dit aussi avenir, et l'avenir me terrifie. Toute cette zone de vide, d'inconnu, immense, c'est l'anxiété assurée. En fait, mon état actuel  et mon passé m'empêchent de réfléchir à un futur cohérent et pérenne financièrement. Tous les boulots que j'ai faits se sont soldés par des échecs, que ce soit des démissions, des arrêts maladie, ou moi qui termine dans un état de fatigue extrême. Le fait même de travailler m'épuise. Même lors de mon service civique, où j'ai travaillé auprès des personnes âgées 25 heures par semaine pendant 6 mois, les dernières semaines ont été un supplice. J'ai vu se déclencher dans mon corps et dans mon esprit une sorte de grippe perpétuelle, somatisée, et totalement handicapante. Impossible dans ces conditions de savoir comment je vais bien pouvoir être indépendante financièrement. J'ai beau aller mieux depuis que je prends un traitement, j'ai perdu toute confiance en moi, et je me sens incapable de retravailler. J'attends qu'on m'aide, aide qui viendra je l'espère de la maison des personnes handicapées (MDPH).

Je ne sais pas si j'ai commencé par le bon paragraphe. Parce qu'avant d'envisager l'avenir, il faut déjà survivre au quotidien. N'importe quel effort me demande de l'énergie, que je n'ai qu'en quantité limitée (en période d'hypomanie, non, par contre, j'en ai à revendre. Malheureusement, ça ne dure jamais plus de trois semaines, et une fois tous les deux-trois ans peut-être). Par exemple, je ne vois pas une douche comme une action unique, mais comme une somme d'actions qui me coûtent toutes de l'énergie. Et pour continuer dans la lancée, le fait de me voir nue et de me toucher me fait parfois faire une crise de dépersonnalisation (on se voit à la troisième personne, on a l'impression que son esprit se détache douloureusement de son corps, qui est comme un alien). Si je choisis de me laver, je ne me brosse pas les dents. Eh oui, il faut choisir : si je m'occupe trop de moi-même, je me sens coupable. Même pour les soins de base.
Si je dépasse mes limites, si je fais trop de choses dans la même journée (par exemple du ménagé, du sport et une soirée), je ressens des douleurs physiques le lendemain, et tout m'est difficile. De même, j'évite de me coucher tard, c'est-à-dire à plus de 21 heures, sinon j'en paie les conséquences le lendemain : tout me demande deux fois plus d'efforts, j'ai l'impression d'avoir 90 ans. Ma vie demande un équilibre à respecter constamment.

Il est difficile pour moi d'être avec les autres. J'arrive à parler sans difficultés via messenger ou mail, mais IRL, ce n'est pas la même chose. J'habite avec mon compagnon, ce qui me permet de socialiser tous les jours, mais autrement, je vois en moyenne des gens une fois par semaine. Les fêtes de fin d'année ont été très éprouvantes. Devoir parler m'épuise, chose qui empire rapidement ces dernières années. Le fait de devoir réfléchir à comment être avec les autres, comment agir avec eux, le fait d'être en alerte constante pour interagir avec eux m'épuise. Résultat, je suis quelqu'un qui voit peu de gens. Je suis en plus de cela agoraphobe, ce qui rend difficile les sorties : je me sens rapidement prise au piège et j'angoisse.

Toutes ces choses, je les vis au quotidien, indépendamment des épisodes thymiques. Il faut donc, en plus de ces problèmes, ajouter les symptômes dépressifs quand je suis en période dépressive, et ajouter les symptômes hypomaniaques quand je suis en période hypomaniaque, tels que je les ai décrits plus haut.

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