31 août 2016

Viols - Partie 1 - Le consentement

Avant-propos

Le mot "viol" est tabou. On parle d'agressions ou de violences sexuelles pour ne pas dire le mot viol. J'évite parfois moi-même d'utiliser le mot viol pour parler des expériences que j'ai vécues, parce que c'est un mot qui choque. J'ai honte d'utiliser le mot viol. Comme bien d'autres. Alors je l'écris, parce qu'une victime qui décide d'en parler a toujours tort, quoiqu'elle fasse, aux yeux de la société.
J'ai décidé d'écrire une série de quatre articles sur la question des viols. Avec un s car ils sont multiples. Dans un langage accessible, et le plus court possible, pour qu'ils ne restent pas seulement dans la sphère militantiste.
Si vous décidez de lire ces articles, merci de les lire en entier. Je pense que c'est nécessaire de lire les quatre parties que je suis en train de préparer pour comprendre l'ampleur du problème, et à quel point les viols sont d'une incroyable banalité : tous les ans, 84 000 femmes et 11 000 hommes se font violer. Une femme sur six et un homme sur vingt ont été violé-e-s.

Le consentement
1- Quelques métaphores
Nous avons actuellement et depuis longtemps un énorme problème de non-éducation au consentement, alors que c'est, à mon sens, l'un des chevaux de bataille principaux dans la lutte contre les viols. N'oublions pas qu'il y a des viols, des violeureuses et des violé-e-s qui s'ignorent, sujet que je développerai dans une autre partie.
Il y a plusieurs métaphores pour expliquer le consentement, dont deux que je trouve tout à fait claires.



Selon la première, le consentement, c'est comme construire un château ensemble. C'est un outil pour construire une relation romantique, sexuelle, intime saine. On construit ensemble, au fur et à mesure, en vérifiant que tout se passe bien, que rien ne s'écroule, pour que la relation puisse durer. Une fois que tout est construit, plus besoin de porter de casque, ou autre matériel de chantier, car on aura construit un endroit sécurisé, où l'on se sent bien. Bien sûr, il y aura toujours des travaux de maintenance, des choses en cours ou qui changent, mais ce sera globalement dans un environnement sain où l'on pourra parler de tout.




La deuxième explique le consentement avec la métaphore d'une tasse de thé. A la question "veux-tu du thé", la personne pourra répondre qu'elle veut vraiment en boire, auquel cas vous préparerez du thé, que la personne boira sans doute. Elle pourra répondre qu'elle n'est pas tout à fait sûre, auquel cas vous préparerez du thé, que la personne ne boira peut-être pas. Elle pourra répondre ne pas en vouloir du tout, auquel cas vous ne préparerez pas de thé. En tout cas, ne forcez pas la personne, et ne vous énervez pas si elle n'en boit pas ou si elle ne veut plus en boire. La personne peut changer d'avis le temps que l'eau se mette à bouillir. Si la personne est inconsciente, ne lui préparez pas de thé, elle sera de toute manière dans l'incapacité de répondre à la question. Si la personne vous a dit qu'elle voulait du thé il y a quelques jours, cela ne veut pas dire qu'elle voudra en boire systématiquement.

2- Le non-respect du consentement
Depuis qu'on est petits, on nous apprend que le consentement n'a aucune importance. On ne demande jamais aux enfants s'aels veulent voir ou non leurs grands-parents, s'aels veulent leur faire un bisou, on ne leur demande pas leur permission avant de les chatouiller. On n'écoute pas leurs nons, on ne discute pas avec eux de ce qu'aels sont d'accord pour faire ou non. On n'écoute jamais leurs ressentis et leurs émotions, sous prétexte qu'aels ne sont pas matures. On oublie que nous, adultes, sommes censés être des modèles pour les enfants. Nous devons agir en tant que tel. Nous devons leur montrer qu'on respecte le consentement des autres. Mes parents ne font pas exception : aels n'ont jamais respecté mes "non" ou mes émotions quand j'essayais de les exprimer.
Les femmes voient leur consentement et leurs émotions nié-e-s dans tous les autres domaines, en plus de ce qu'elles subissent durant l'enfance, et ce à cause du patriarcat. Notons par exemple le gaslighting, qui se passe le plus souvent au sein des couples hétérosexuels-romantiques, et dont la victime est majoritairement la femme (voir l'article que j'ai écrit à ce sujet). Non moins important est le devoir conjugal, qui existe encore malheureusement aujourd'hui. La société nous disant que les hommes sont des bêtes assoiffées de rapports sexuels, les femmes se sentent obligées de coucher avec leurs partenaires pour "satisfaire leurs besoins", car autrement, elles risquent de se sentir coupables ou prudes.

3- Partez du principe que votre partenaire n'a pas envie
Sur le modèle des deux métaphores pratiques dont j'ai parlé plus haut, je vais expliquer ma vision des choses.
Nous ne sommes pas dans un jeu vidéo : réussir à faire céder l'autre ne rapportera aucun point d'expérience, à part en viol. Quand on part du principe que son partenaire a envie, on est capable de s'imaginer toutes sortes d'excuses : la personne a ouvert un tout petit peu ses jambes ? La personne fait un peu de bruit ? Elle ne dit rien ? Tout est bon pour valider son présupposé. 
Comme nous le verrons dans la partie 4, un viol peut avoir des conséquences dramatiques sur une victime. Votre envie de faire des galipettes est-elle suffisamment importante pour risquer d'occasionner de tel dégâts ? Vous sentez-vous puissant au point de ressentir le droit de faire tout de ce que vous voulez à l'autre ? J'imagine que non.
Soyez à l'écoute du moindre signe indiquant que la personne pourrait ne pas être d'accord. Au début, au milieu, n'importe quand avant ou pendant le rapport. Ce ne seront probablement pas des signes verbaux; vérifiez le moindre signe d'hésitation, le moindre signal de douleur. Si la personne ne participe pas, ne manifeste rien, ce n'est pas bon signe. Soyez à l'affût : un viol est vite arrivé.
Oui ne veut pas toujours dire oui. Si la personne sait que vous allez la menacer, insister, faire la gueule, du chantage affectif, lui redemander le lendemain, elle peut très bien dire oui pour "être tranquille". La personne peut aussi dire "oui" car elle n'est pas capable de dire si elle a envie ou non; un oui qui veut donc dire "peut-être" et à prendre avec d'énormes précautions. Partez donc du principe que la personne n'a pas envie, et aidez-la à démêler ses envies, sans avoir derrière la tête l'idée d'atteindre la relation sexuelle ô tant désirée. Ayez plutôt en ligne de mire le bien-être et la confiance de l'autre, pour qu'ael se sente assez à l'aise pour savoir si ael a envie ou non d'avoir des rapports sexuels.

4- La libido
La libido, c'est cette sensation qui se réveille en vous, qui fait que vous vous sentez un peu différent, excité, dans une autre humeur. Mon ex était en demande constante de rapports sexuels. Il souffrait quand nous n'en avions pas assez. De mon côté, je me sentais obligée de le satisfaire, parce qu'il boudait ou insistait quand je refusais, et aussi parce que je savais que cela le faisait souffrir. Nous avons communiqué et opté pour des mesures pas forcément plus saines : il devait faire l'effort de déclencher ma libido en me touchant à certains endroits, pendant que dans ma tête, je devais imaginer des scènes érotiques pour qu'elle se déclenche. Quelques années plus tard, j'ai découvert le féminisme, et je me suis dit que cette mesure se rapprochait beaucoup trop des viols, parce que je n'en avais aucune envie à la base. La mesure suivante stipulait donc que je devais initier les rapports, ou que les rapports n'auraient lieu qu'en cas de poussée de libido de ma part. Cela n'a pas tellement arrangé le problème : je me sentais forcée d'une manière différente, car en tant que féministe, il fallait que ce soit moi qui ait envie et qui initie les rapports. Ce nouveau "compromis" était assez proche du viol lui aussi, même si je m'étais persuadée du contraire, parce que je voulais avoir un couple progressiste, parce que j'étais féministe.
Il me semble très difficile de trouver un "compromis" dans le domaine sexuel. Soit les deux personnes sont totalement consentantes, soit le rapport sexuel tombe dans la zone grise, voir dans le viol. Peu importe le domaine, c'est la personne qui n'a pas envie qui est prioritaire. On parle beaucoup trop souvent de "compromis" dans les relations amoureuses, notamment, encore une fois, dans les couples asexuel-le-s - allosexuel-le-s. En effet, pour que la relation se passe bien, il faut des rapports sexuels, toute la société met la pression dans ce sens-là. Ainsi, ce sera à l'asexuel-le de se forcer, de faire des "compromis" pour que l'autre personne ne souffre pas d'un manque de relations sexuelles.
Cette histoire me mène à vous expliquer qu'avoir de la libido ne signifie pas qu'on a envie d'avoir un rapport sexuel avec quelqu'un. La libido, ce n'est rien d'autre que ce changement d'humeur, ce ressenti d'excitation. On n'est pas obligé d'avoir envie d'en faire quelque chose. On peut ne rien en faire, on peut préférer s'occuper de sa libido soi-même, mais dans tous les cas cela ne signifie pas qu'on veut avoir un rapport intime, un contact physique avec quelqu'un. Même si on est en couple avec ce quelqu'un. La libido n'engage en rien.



Pour aller plus loin

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