06 mai 2015

Réponse à Agnès Giard

J'ai été prise d'une colère noire à la lecture de cet article : http://www.donotlink.com/framed?700901. Il est très violent, et il m'a personnellement retourné l'estomac, mais j'essaierai d'y répondre avec intelligence et argumentation.
Notez que j'emploie homme et femme par commodité, mais que toutes les femmes n'ont pas un vagin, et tous les hommes un pénis. Étant moi-même binaire, j'espère ne pas offenser les non-binaires. Je reste ouverte à la critique.

Les asexuels revendiquent leur totale absence de désir comme une identité sexuelle d’un genre nouveau. Rien de plus dangereux que cette nouvelle mode du communautarisme asexuel.
La première chose qui me frappe ici est l'emploi du terme "communautarisme". Bizarrement, on ne parle jamais de communautarisme hétérosexuel, ou de communautarisme blanc. Communautarisme, c'est le penchant péjoratif de communauté. Il est employé, systématiquement, afin d'oppresser les minorités et de critiquer le fait qu'elles se réunissent. Mais en fait, les majorités ne se rendent pas compte de l'aide que cela apporte de se retrouver en communauté. Quand on fait partie d'une minorité, on se retrouve la plupart du temps en marge, incompris des autres. Grâce aux communautés, on peut sortir de sa petite boîte, et discuter avec des centaines, des milliers de gens dont on est proches. Et cela permet aussi d'aider d'autres gens, qui en aideront d'autres à leur tour... C'est un fantastique outil d'entraide. Il faudra alors m'expliquer ce que cela peut bien avoir de dangereux. Peut-être qu'Agnès Giard le détaillera dans la suite de son article.

Imaginez un anorexique qui entre dans un restaurant. Il fait un scandale en regardant le menu : «Vous avez de la viande pour ceux qui aiment la viande, du poisson pour ceux qui aiment le poisson. Des légumes pour ceux qui aiment les légumes. Et moi alors ? N’ai-je pas droit à la RECONNAISSANCE ? Pourquoi n’y a-t-il pas un menu avec rien ? Un menu blanc, vide, pour les gens comme moi qui refusent de se nourrir ? Où se trouve ma place dans ce restaurant qui m’impose de façon OPPRESSIVE des choses dont je n’ai pas envie ?»
Faire une métaphore entre une orientation sexuelle, reconnue, et une maladie montre bien, dès le départ où veut aller son propos : être asexuel.le (d'ailleurs sa définition est faussée, mais j'y reviendrai), c'est être malade, et apparemment manquer de quelque chose, puisque pour elle, c'est RIEN. C'est une croyance répandue, selon laquelle les asexuel.les n'auraient pas de désir, pas de vie sexuelle. Le fait d'être révolté par le fait de voir de l'hypersexualisation partout dans la société n'a d'ailleurs pas grand chose à voir avec l'orientation sexuelle. Il suffit d'être féministe pour être révolté sur cette question-là, mais ce n'est pas le propos de cet article. On peut très bien être hétérosexuel.le, avoir peu de libido, et en avoir marre de voir du sexe partout. Imaginez alors pour les homosexuel.les et les asexuel.les, qui n'ont aucun modèle sexuel pour eux : dans les pubs, les films, bref tous les médias, les scènes sexuelles sont représentées, en majorité écrasante par un homme et par une femme. Et ne pas être représenté, cela pousse encore plus à rentrer dans sa boîte.

Il existe des anorexiques du désir. Ils trouvent le sexe à ce point inintéressant, qu’ils en font leur slogan : «No sex, no problem.» Le niveau de leur libido, c’est zéro. Et alors ? Revendiquant le droit de vivre heureux sans plaisir sexuel, sans masturbation, sans fantasme et sans frustration, ils se désignent par la lettre A pour Asexuel. Aux Etats-Unis où leur mouvement a pris l’ampleur d’un véritable phénomène de société, certains se définissent comme des Amibes humaines. Les amibes ne font jamais l’amour. Les amibes humaines ne le font (et encore) que par sentiment du devoir.
Ce passage est tout simplement faux. Le désir, aka la libido, n'a rien à voir avec l'orientation sexuelle. L'orientation sexuelle, c'est le fait d'être orienté sexuellement, attiré sexuellement par des personnes. Une femme hétérosexuelle est attirée par les hommes, un homme homosexuel par les hommes, un.e asexuel.le par personne; c'est tout ce que cela implique. Quand un.e asexuel.le regarde quelqu'un, son corps, iel ne ressent pas l'envie de faire l'amour avec cette personne. C'est tout. Il existe plein de façons d'être asexuel.le. Je vais parler de ce que je connais, c'est-à-dire de moi. J'ai de la libido, plus que certain.es allosexuel.les (terme englobant les hétéro, homo, bi, pan, bref tous les gens qui ressentent de l'attirance sexuelle envers les gens). J'ai une imagination érotique débordante, je suis réceptive aux stimuli érotiques / pornographiques, je fais des rêves érotiques, je me masturbe... Je ne veux pas dire ici qu'il y a une bonne ou une mauvaise façon d'être asexuel.le. J'ai de la libido, il y a des asexuel.les qui n'ont pas de libido, des allosexuel.les qui ont de libido et des allosexuel.les qui n'en ont pas. Aucune de ces combinaisons ne remet en cause l'orientation sexuelle en question. Simplement, la libido, l'imagination et la masturbation sont complètement indépendants de l'orientation sexuelle. La seule chose qu'être asexuel.le implique, c'est qu'on est pas attiré.e sexuellement par les gens.

Le devoir conjugal n’excite pas plus les femmes qui constituent un peu plus de la moitié des asexuels : elles s’ennuient ferme au lit. Un vrai bide.
S'il fallait une preuve pour montrer qu'Agnès Giard n'est pas féministe, la voici. Le devoir conjugal sous-entend qu'on doit se forcer pour faire plaisir à son partenaire, qu'on lui doit du sexe. D'abord, ce sont bien souvent les hommes qui en profitent, et qui se permettent de culpabiliser leur partenaire si elle ne répond pas à leurs "besoins sexuels". Le devoir conjugal permet également de légitimer le viol intra-conjugal, étant donné qu'aujourd'hui encore, il semble inconcevable à beaucoup de personnes qu'un.e conjoint.e puisse violer son conjoint.e; après tout, le sexe obligatoire fait partie du "package" quand on se met en couple avec quelqu'un. Ainsi, j'irai même jusqu'à dire qu'une femme qui s'ennuie au lit avec son partenaire est dans la catégorie des chanceuses; elle pourrait se faire violenter, culpabiliser ou violer. De plus, ce postulat est complètement contradictoire : comment, si l'on se force, peut-on prendre son pied au lit ? Et non content d'être contradictoire, il est également faux. Assumer que la seule chose amusante / excitante au lit entre deux partenaires, c'est très étroit d'esprit et normé. Les câlins, les préliminaires non-sexuels, le fait de découvrir son corps en se touchant... Cela n'a rien d'ennuyeux. Je traduirai bientôt un article sur cette question qui vous prouvera le contraire.

Tout commence avec un puceau : en juin 2002, l’Américain David Jay, 22 ans, créé le Aven, un «refuge» pour ceux qui comme lui en ont assez se faire traiter d’impuissants. Il est vierge, et fier de l’être.
Ici, plusieurs choses me posent problème. Déjà, vu le ton global de l'article, il me semble que l'emploi du terme "puceau" est clairement péjoratif, et qu'il insulte David Jay, en même temps qu'il vise à décrédibiliser la communauté asexuelle. Les asexuel.les, ce n'est qu'une bande de puceaux qui en avaient marre d'être des peine-à-jouir tous seuls dans leur coin. De plus, mettre refuge entre guillemets montre bien son mépris pour la souffrance de la minorité asexuelle. Oui, les asexuel.les ont besoin d'un refuge, tout comme les homo, les bi, et toutes les orientations sexuelles "en marge". Car la société n'est pas tendre avec elleux, comme cet article semble justement le montrer. Enfin les asexuel.les ne sont pas particulièrement, à ma connaissance, fier.es d'être vierges. Pour beaucoup d'entre nous,  l'injonction a perdre sa virginité a pesé tout autant que pour les personnes appartenant aux autres orientations sexuelles, pour la simple et bonne raison que l'asexualité est tellement invisibilisée qu'on ignore même souvent son existence.

Et de la même manière qu’au zoo de New York, un panneau mentionne l’existence de deux pingouins homosexuels dans le bassin des pingouins, les journalistes américains se mettent en quête de la petite bête asexuelle…
Si cette phrase avait été écrite par un.e militant.e anti-spéciste (qui lutte pour les droits des animaux globalement) asexuel.le / allié.e, elle aurait pu passer, quoique je ne suis pas fan des comparaisons entre les différentes luttes. Ce n'est absolument pas nécessaire pour faire comprendre son propos. Ici, cela confirme simplement la violence de ses propos, et son avis sur les asexuel.les : ce sont des bêtes curieuses. Je comprends cependant qu'illes puissent être cela à ses yeux, vu qu'elle n'y a pas compris grand chose. Et pourtant, AVEN, Anthony Bogaert... Les références ne manquent pas.

Confortés par les études animales dans l’idée que leur absence de libido est «naturelle», des centaines d’Anglo-saxons, puis de Hollandais, d’asiatiques et de Français deviennent membres du site Aven, dont des versions se multiplient dans toutes les langues. Ils y revendiquent leur statut d’Asexuel —un mot qui les rassure, un mot tellement plus facile à assumer que «mauvais coup»— et répètent tous en chœur : ce n’est pas ma faute, je suis né comme ça.  
Ici, nous sommes dans la continuité de la remarque sur le "communautarisme". Les asexuel.les sont tellement communautaristes qu'illes sont incapables de réfléchir par eux-mêmes, et qu'illes "répètent tous en cœur". Illes suivent un gourou dangereux, qui leur met bille en tête. Agnès Giard, qui s'était jusque là contentée d'écrire des choses fausses, rentre dans le domaine de l'insulte. Si son mépris pour l'asexualité ne vous avait pas semblé clair jusque là - c'est vrai qu'elle utilise études et mots savants pour exprimer son propos - l'expression "un mot tellement plus facile à assumer que "mauvais coup"" finira sans doute de vous convaincre.

D’autres, plus virulents, affirment qu’ils font partie d’une minorité sexuelle opprimée et militent en faveur d’une A-Pride, une «marche des fiertés asexuelles». Ceux qui font leur coming-out portent des T-shirts ou des caleçons qui disent : «No sex, please», ou «53x+m3=0» (ce qui peut se lire : «sex+me =nul»). Ils réclament la liberté de rester des thons morts. 
D'abord, il est intéressant de noter que les termes "virulent", "extrémiste" et autres synonymes sont toujours appliqués aux militant.es et aux minorités. Les féministes sont virulent.es, les véganes sont virulent.es, et aujourd'hui les asexuel.les sont virulent.es. Les militant.es ne font jamais rien comme il faut, illes sont trop dans l'émotion, illes sont méchants, illes ont l'esprit fermé. Comme on a pu le voir, il est vrai que le discours d'Agnès Giard n'est à aucun moment virulent, et tout à fait ouvert d'esprit. Et les insultes continuent : "thon mort". J'aimerais savoir ce que signifie précisément cette insulte. On dit souvent de quelqu'un qui n'est pas physiquement beau qu'il est un "thon", notamment aux femmes. Et mort, cela sous-entendrait-il que si l'on ne baise pas, autant ne pas vivre, car le sexe c'est la vie ? Difficile de faire plus objectif !

Les asexuels sont-ils des malades ? Pas du tout, précise Jacques Waynberg. «Ce sont juste les cancres du sexe. Il n’y a rien de pathologique dans le fait d’être le dernier de la classe. Tout le monde ne peut pas être Pavarotti. En sexe, c’est la même chose : il faut du talent, mais surtout du travail. Or les asexuels ne veulent pas travailler : ça les ennuie, ça les fatigue, et leur profond désintérêt pour les choses du sexe vient probablement de leur très faible aptitude à jouir. Il y a donc quelque chose d’obscène dans leurs revendications : un peu comme si des nuls formaient un groupe de nuls pour se retrouver entre nuls et communier dans l’auto-satisfaction… S’ils veulent passer à côté du plaisir, pourquoi pas. Mais qu’ils réclament le droit au respect, voilà qui est insupportable. Pourquoi devrions-nous respecter des cancres ?»
Ici, Agnès Giard semble soutenir le propos de Jacques Waynberg. On reste dans la question qui semble fondamentale pour l'auteure, à savoir si les asexuel.les sont malades. Et la réponse est pour le moins surprenante : en fait, les asexuel.les sont juste nul.les au lit. L'analogie avec le travail, en plus d'être très problématique, représente une contradiction totale. Si l'on se force, si l'on voit ça comme du travail (je ne parle pas ici des travailleur.ses du sexe, c'est une autre question), comment peut-on prendre son pied ? Ces "choses du sexe", auxquelles ne s'intéressent apparemment pas les asexuel.les, encore faudrait-il les définir. C'est quoi précisément ? Cela implique forcément au moins deux personnes, et de la pénétration ? C'est en tout cas ce que cela sous-entendrait selon notre - compétent - sexologue, puisque les asexuel.les sont tout à fait capable de prendre du plaisir en se masturbant, s'ils ont envie de le faire. Soit le sexologue en question n'a vraiment rien compris à l'asexualité, soit il s'agit juste encore une fois, par le biais de mots violents pour faire style - chose qu'on retrouve très souvent chez les réactionnaires étrangement - de mépriser la minorité asexuelle. Enfin, le paragraphe se termine sur une phrase d'une violence rare : "pourquoi devrions-nous respecter des cancres". Les mauvais.es élèves, à la poubelle. Si vous avez des mauvaises notes, allons-y, on va vous cracher dessus, vous ne méritez pas notre respect. La société toute entière rejette les mauvais.es élèves. Il faut être toujours performant.e partout, ne jamais se tromper, être infaillible. Et si vous vous égarez sur le chemin des "cancres", gare à vous...
Être allosexuel.le ne garantit en rien d'être un "bon coup". Si l'allosexuel.le en question ne s'est jamais remis en question, qu'il ne s'assure pas du bien-être de son/sa partenaire et qu'il veut juste assurer son propre plaisir, cela n'en fera pas quelqu'un de compétent. Ainsi, la compétence ou l'incompétence n'ont aucun lien direct avec l'orientation sexuelle. Et puis merde, personne n'a l'obligation d'être un "bon coup". 

Jacques Waynberg a son franc-parler, exprimant sans faux-semblants ce sur quoi la majorité des psychologues s’accordent : la communautarisme A peut tourner au piège. Il est nuisible, voire dangereux, que des personnes dénuées de désir transforment leur apathie libidinale en donnée intangible et  se contentent de dire «Prenez-moi comme je suis.» Ou plutôt : «Ne me prenez pas.» Ceux qui souffrent d’un sentiment de rejet peuvent trouver du réconfort à rencontrer d’autres asexuels. Mais dans le cadre d’une vie de couple, l’asexualité sert souvent de bonne excuse : «Je suis comme ça, c’est pas ma faute. Si tu ne m’acceptes pas tel(le) que je suis, va-t-en.» Avec cette sorte de bonne conscience que donne l’idée d’être «différent(e)».
Pas facile, effectivement, de gérer la vie à deux pour les asexuels. Pour la majorité d’entre eux, la vie de couple avec un «sexuel» se transforme vite en enfer. S’il va se satisfaire ailleurs, les voilà jaloux. Car ils ont beau considérer le sexe comme un point de détail, ils n’acceptent que rarement d’être «trompés» avec un(e) autre. «La relation entre un asexuel et un sexuel n’a pas d’avenir, affirme Syd. La seule solution : une relation entre deux A.» «Des couples qui viennent me voir parce qu’ils aimeraient avoir un enfant et qu’au bout de 12 ans de mariage ils sont restés vierges, j’en ai un par semaine dans mon cabinet», remarque le docteur Jacques Waynberg. 
La première réflexion qui me vient à l'esprit, c'est qu'Agnès Giard a la chance de ne pas être "différente", et de n'avoir jamais eu le sentiment d'être un monstre. Le fait de ne pas pouvoir mettre de mot sur son orientation sexuelle est source d'une grande souffrance. Je ne comprends même pas ce que la "bonne conscience" vient faire là. Sur la question du couple allosexuel.le - asexuel.le, oui, effectivement, c'est un problème compliqué. En revanche, je n'accepterai pas qu'une personne aussi méprisante vis-à-vis de la communauté asexuelle se l'approprie dans son argumentation. Si effectivement il y a des allosexuel.les qui sacrifient leurs envies sexuelles en respectant la volonté de leur partenaire asexuel.le qui ne veut pas baiser, il y a énormément d'autres modèles possibles. Il y a aussi les asexuel.les qui ignorent leur orientation et qui se forcent car la société n'arrête pas de les pousser à le faire. Il y a les asexuel.les qui baisent, car illes ont de la libido, car illes trouvent le contact physique agréable... Plein de raisons sont envisageables. Et en général, quand un.e asexuel.le sait qu'iel est asexuel.le, iel en parle à la personne avant de se mettre en couple avec elle. Et illes définissent ensemble un contrat. Les choses sont connues dès le départ, le partenaire n'est pas "trompé sur la marchandise". S'il n'est pas d'accord, les deux personnes ne se mettent pas en couple. Un couple allosexuel.le - asexuel.le n'est pas systématiquement voué à l'échec. Cela requiert éventuellement un peu plus de dialogue autour de la question, encore que... Au sein même des couples allosexuel.le - allosexuel.le, il y a des divergences de libido. Un couple hétérosexuel hypersexuel - hétérosexuelle ayant peu de libido (ou l'inverse) doit sans doute requérir beaucoup de dialogue. Encore une fois, cela n'a que peu à voir avec l'orientation - l'attirance sexuelle. C'est la même chose avec la question de la jalousie, je ne vois pas ce qu'elle vient faire là. La jalousie n'est pas l'apanage des asexuel.les. Je parlerai encore de moi, puisque c'est ce que je connais le mieux, mais je suis polyamoureuse; je n'impose rien à personne. Et je connais d'autres asexuel.les polyamoureux.ses. Enfin, il y a effectivement des couples asexuel.le - asexuel.le. Et ? Pose-t-on la question de la légitimité aux couples hétéro - hétéro ?

«Les mariages non-consommés, ça existe depuis longtemps et ce n’est généralement pas un problème si les deux conjoints partagent la même indifférence pour le sexe. En revanche, je trouve à vomir ceux qui se refusent à leur conjoint en brandissant la notion d’asexualité, qui se disculpent à moindre frais ou récusent leur souffrance en en faisant un sujet d’orgueil. Ce sont des démissionnaires, qui se réfugient derrière un concept-bidon, pour éviter le travail considérable que représente la construction d’un couple. Et le pire, c’est qu’ils accusent la société d’être trop portée sur le sexe ! C’est un peu comme ces touristes à Bogota qui proclament «l’argent ne fait pas le bonheur».» Dans les pays où l’on réprime la sexualité, les asexuels se feraient lapider. Ce sont des «insolents», conclut Jacques Waynberg, qui se payent le luxe de dénigrer la source de plaisir la plus chèrement acquise sur des siècles d’oppression religieuse et morale. Il faudrait les priver de sexe, tiens.
Quant à l’Aven - cette communauté qui se bat avec tant d’énergie pour des valeurs négatives -, Jacques Waynerg la trouve plus que douteuse. Dangereuse : «C’est l’ANPE des nuls au pieu. Ils se retrouvent, ils normalisent leur histoire. Ils se mettent à l’abri de la contestation. Ils ne veulent plus rencontrer que des partenaires du même acabit, des hypocrites comme eux, qui préfèrent ne pas passer d’examen, ne pas subir l’épreuve d’un jugement sur leurs performances. Ils se prétendent «au-dessus» de ça. Ils se payent le luxe de dire «la sexualité ne m’intéresse pas». C’est une caricature du malaise dans lequel se vautrent des gens bien nourris, qui ont trouvé solution idéale pour arrêter de faire des progrès. Car, quoi qu’on en dise, la sexualité sera toujours la voie du progrès, sur le plan individuel, amoureux, et dans la civilisation… Récuser cette vérité, c’est bafouer la seule valeur qui mérite qu’on meure pour elle. Il y a des gens qui ne sont pas dignes de la liberté sexuelle. Un peu comme des politiciens qui ne sont pas dignes de la démocratie dans laquelle ils vivent. Ne les disculpons pas.»
Cet article termine en beauté, au summum de la violence et de la haine. J'en ai marre que les asexuel.les soient laissé.es pour compte dans le mouvement de libération sexuelle, que je trouve d'une importance pourtant fondamentale. Si on est libre de baiser autant qu'on veut, qui on veut, pourquoi ne peut-on pas être libre de ne pas baiser du tout ? Agnès Giard et ses citations n'arrêtent pas de répéter, tout du long de l'article que les asexuel.les sont dangereux.ses; seulement, je ne vois pas un seul argument qui le justifie. Et à aucun moment les asexuel.les ne veulent priver les autres de sexe. Les autres font bien ce qu'ils veulent. On se paierait le "luxe de dénigrer" ça. Non ! Je suis pro-sexe, je suis pour la libération sexuelle ! Je suis pour que les femmes puissent avoir tous les rapports sexuels qu'elles veulent sans se faire emmerder ! Mais je veux aussi que tout le monde, asexuel.les comme allosexuel.les, puisse avoir la liberté ne pas céder aux insistances de leur partenaire s'ils n'ont vraiment pas envie de baiser ! On en revient ensuite au communautarisme et au cancre. Encore une fois, ne pas avoir dans sa vie ressenti le besoin de s'affilier à une communauté, c'est ça le luxe. Car si l'on en ressent le besoin, c'est souvent à cause d'une souffrance ou d'un sentiment de rejet. Que dire du présupposé "Car, quoi qu’on en dise, la sexualité sera toujours la voie du progrès, sur le plan individuel, amoureux, et dans la civilisation… Récuser cette vérité, c’est bafouer la seule valeur qui mérite qu’on meure pour elle". J'aimerais avoir des études, des preuves, des faits qui montrent ça. Car pour l'instant, c'est du vent, et le seul objectif, c'est de cracher le plus que l'on peut sur les asexuel.les.

L'article d'Agnès Giard, auquel j'ai essayé de répondre le plus calmement possible - et ç'a été difficile, croyez moi - m'a bien montré la quantité de travail qu'il reste à abattre pour déconstruire les préjugés sur l'asexualité. L'article, se voulant scientifique, à base d'études, de chiffres, de références censées prouver que l'auteure a fait un travail de recherche, est surtout un beau prétexte pour cracher tout son venin sur une communauté qui n'en a absolument pas besoin.

5 commentaires:

  1. Superbe article en réponse à cette immondice… >.<
    Tu as bien du courage d'avoir pris le temps d'argumenter calmement… Et c'était nécessaire !

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    1. Merci beaucoup pour ton retour !
      Oui comme tu dis, c'est nécessaire. L'asexualité manque encore et toujours cruellement de visibilité.
      Je mets ton blog en favori, j'irai y faire un tour !

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  2. Même à mes yeux de cis-hétéro-allosexuel-alloromantique-monogame, l'article d'Agnies Giard semble un condensé d'intolérance, de mépris et de vomissure.

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    1. C'est rassurant de voir qu'il n'y a pas que les concerné.es qui arrivent à voir ça :)

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  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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